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Comment nous avons organisé un cours de terrain EN LIGNE sur la santé et les écosystèmes pendant une pandémie

Pan Canadian course banner 2020

La formation hybride sur les approches écosystémiques de la sante se déroule, chaque année en mai, simultanément dans quatre « sites » : Montréal (UQAM), Guelph (University of Guelph), Prince George (University of Northern British Columbia) et un « site » webinaires seulement. Sept ou huit webinaires de deux heures sont offerts simultanément à travers les sites et les trois groupes universitaires participent à des sessions locales, incluant des sorties de terrain. Nous vous proposons une pédagogie rigoureuse et riche en activités.

Ce cours est offert aux étudiantes et étudiants des cycles supérieurs de toutes les disciplines de même qu’aux professionnelles et professionnels intéressés par ces thématiques. Une équipe pancanadienne expérimentée présentent des approches innovatrices et dynamiques pour mieux comprendre les multiples facteurs qui influencent la santé et des méthodes pour mettre en œuvre des recherches et des interventions portant sur des problématiques actuelles au confluent de la santé, de l’environnement et de la société.

C'était en mars 2020. Nous étions au cœur de la planification de notre formation hybride annuelle sur les approches écosystémiques de la santé (voir encadré), que nous organisons depuis 2008. Nous étions sur le point de contacter des groupes communautaires pour des visites sur le terrain. Mais serions-nous en mesure de nous rendre sur le terrain en mai, compte tenu de l'aggravation de la pandémie de Covid-19 ? En juin peut-être, mais en mai ? Était-il éthique de demander à des groupes communautaires déjà à court d'argent de s'engager et de se préparer à quelque chose qui pourrait ne pas se produire ?

Nous nous demandions si nous devions annuler le cours de cette année. Après tout, il s'agit d'un cours de terrain. Nous avons organisé un remue-ménage au sein de notre équipe expérimentée en planification des cours et sommes reparti.es encouragé.es par les possibilités. Dans ce blog, nous décrivons certains des outils et activités pédagogiques innovants que nous avons utilisés pour *remplacer* la composante terrain tout en donnant accès à une variété de voix et de perspectives ainsi qu’en établissant un lien avec le lieu et le territoire.

Dialogue entre les participants et participantes aux cours

Notre cours hybride attire des étudiant.es et des professionnell.es issu.es de domaines et d'horizons épistémologiques très divers. Nous incluons toujours un espace de dialogue dans nos cours, mais cette année, nous avons décidé d'augmenter la durée du webinaire d'une demi-heure. Cette demi-heure a été consacrée à l'échange entre les participantes et participants de chacun des sites. Certaines périodes étaient des discussions ouvertes sur le sujet du jour et d'autres étaient des activités légèrement plus structurées sur un sujet donné. Par exemple, en plus de demander aux étudiantes et étudiants de développer une affiche sur leur projet en utilisant une approche écosanté et de fournir des commentaires écrits à leurs pairs, nous avons inclus cette année une activité de "speed dating" où, dans des salles de discussion de trois personnes, ils et elles ont présenté leur affiche en 2 minutes avec un temps de discussion à la fin. Les difficultés technologiques rencontrées dans les salles de discussion ont réduit le temps de certains groupes, mais d'autres ont eu suffisamment de temps pour découvrir le travail des personnes qu'ils et elles n'auraient pas eu autrement. Dans la catégorie "enseignements tirés", nous avons constaté que ce type d'activité doit prévoir suffisamment de temps pour les mouvements entre les salles ainsi que les pépins.

Lectures romanesques

La transdisciplinarité est l'un des principes ou patrons des approches écosystémiques de la santé. En général, la transdisciplinarité signifie reconnaitre la pertinence des savoirs des personnes issues de contextes et de disciplines divers.

C'est pourquoi nous avons encouragé les participantes et participants à explorer la forme narrative pendant le cours, en offrant de nouvelles perspectives malgré le contexte d'enfermement où nous n'avons finalement pas pu interagir sur le terrain. Nous avons présélectionné des livres - romans et collections de poésie - que les participantes et participants ont pu lire avant et pendant le cours.

Ces livres ont tous un rapport, plus ou moins étroit, avec le thème du cours - la santé des humains et des autres espèces dans leur bassin versant. L’ancrage territorial de certains des livres, qui se situent dans des régions à peu près autour des quatre "sites", avec un accent "international" représentant le groupe du webinaire, nous a aidé à remplacer une partie de l'apprentissage sur le terrain qui se fait habituellement dans notre cours.

Lecture romanesqueListe de lecture d’édition 2020 de la formation hybride CoPEH-Canada sur les approches écosystémiques de la santé

Au cours de l'un des webinaires, nous avons organisé un "club du livre" pour échanger ce que nous avons appris/renforcé grâce aux lectures. Des salles de discussion ont été créées pour chaque livre et une riche discussion a suivi. Dans le compte rendu du cours complet, l'un des sites universitaires a mentionné que la lecture romanesque était l'un des aspects les plus enrichissants du cours, mais qu'elle n'avait pas été suffisamment "capitalisée" tout au long du cours. Nous explorons actuellement les moyens de tirer le meilleur parti de cet exercice et avons décidé de le conserver même si le cours se déroulera de nouveau sur le terrain en 2021. Nous sommes en train de dresser la liste pour 2021, et nous aimerions augmenter la diversité des voix représentées.

Excursions individuelles

Au lieu d'aller sur le terrain ensemble, nous avons demandé aux participants et participantes de faire des incursions directes dans les épiceries et les parcs. Voici un exemple de ce que nous avons demandé aux élèves lors d'une sortie à l'épicerie (ou autre magasin) (et seulement s'ils sortaient de toute façon). Nous leur avons suggéré d'être créatifs et créatives et de prendre des "preuves" (photos, dessins, pistes audio, exemples de nouveaux produits,) d'une manière sécuritaire et respectueuse.

La semaine suivante, nous avons eu une conversation sur les observations des étudiantes et étudiants.

 

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Lors de votre prochaine sortie à l'épicerie (ou autre magasin) et seulement si vous faites des sorties de toute façon, nous vous demandons de vous poser les questions suivantes et de réfléchir à des réponses possibles :

*Quels changements observez-vous à l'épicerie depuis la crise Covid-19 ? en termes de

  • produits disponibles
  • interaction entre clients
  • gestion du magasin
  • risques aux travailleurs et travailleuses
  • d'émotions affichées ou partagées
  • autres

*Quels liens faites-vous entre ces changements et

  • la durabilité des écosystémes ?
  • L’équité sociale et de genre ?

*Quelles questions de recherche sont soulevées par ces changements et de quels savoirs auriez-vous besoin pour répondre à ces questions ?

Explorer l'expérience commune de la pandémie

Dans notre formation hybride sur les écosystèmes et la santé, nous développons l'apprentissage par le biais d'une étude de cas sur le terrain. Récemment, nos études de cas ont porté sur « la santé des humains et d'autres espèces dans leur bassin versant ». Chaque site a développé sa propre étude de cas, mais les questions soulevées dans chaque site étaient relativement similaires, créant une "expérience commune" au sein des sites et même entre eux. Pour 2020, nous avons choisi « l'expérience commune » de COVID-19. Nous terminons généralement le cours par la présentation d'un artefact de groupe ou d'une carte riche en images, un projet sur lequel des groupes d'étudiantes et étudiants travaillent ensemble pour présenter leur apprentissage au cours du mois. Cette année, nous leur avons demandé de travailler ensemble pour explorer et réfléchir aux principes de l'écosanté par le biais d'une "activité de synthèse" basée sur la COVID-19. Nous avons invité deux chercheuses, Mélanie Lefrançois (UQAM) et Samira Mubareka (Sunnybrook Research Institute) et un chercheur, David Waltner-Toews (U. Guelph, aîné de CoPEH-Canada), à commenter les présentations des étudiantes et étudiants.

Les étudiantes et étudiants se sont montré.es à la hauteur de l'événement, travaillant au-delà des plateformes, des fuseaux horaires et des barrières linguistiques pour nous présenter trois prises très perspicaces sur les liens entre la pandémie et les approches écosystémiques de la santé.

UQAM group projectLa diapositive titre de l'une des trois présentations de "synthèse" des groupes d'étudiantes et étudiants participant à la formation hybride CoPEH-Canada 2020 sur les approches écosystémiques de la santé.

Aller à contre-courant

En tant qu'enseignantes et enseignants, nous savons à quel point la transition vers l'apprentissage en ligne a été difficile dans la plupart des contextes. Nous ne préconisons en aucun cas une transition virtuelle à grande échelle dans l'apprentissage. Beaucoup de choses se perdent dans le cloisonnement des cours vers l'internet : connexion avec la terre, chaleur humaine, apprentissage spontané chez les étudiantes et étudiants, intuition, attention et concentration. Mais… ça peut se faire, et ça peut se faire avec succès ; le contexte importe.

Tout d'abord, chapeau à nos étudiantes et étudiants, qui ont entrepris ce voyage avec nous, l'ont suivi, et ont parfois fait preuve d'humour à notre égard et à l'égard de nos efforts d'innovation. Ce sont eux et elles qui ont vraiment fait de ce cours un succès. En tant que professionnelles, professionnels étudiantes et étudiants de troisième cycle, leur niveau d'enthousiasme était peut-être plus élevé que pour d’autres groupes d'étudiants et étudiantes. En outre, comme il s'agissait d'un séminaire de niveau supérieur dans les trois universités, les groupes "à crédit" étaient petits, avec une moyenne de 8 étudiantes et étudiants, ce qui permet des échanges plus fluides.

Un autre facteur qui a contribué à notre expérience positive est la relation de longue date entre les collaboratrices et collaborateurs de ce cours, notamment une bonne communication, la confiance et une banque d'activités conçues collectivement[1]. Cela soulève cependant la question de savoir dans quelle mesure ce type de relation et de confiance peut être construit entièrement en ligne. Lorsque nous avons commencé à travailler ensemble sur ces cours il y a 12 ans, beaucoup d'entre nous ne se connaissaient pas et provenaient de différentes disciplines. Nous avons eu de nombreuses réunions et ateliers en face à face au cours desquels nous avons négocié afin de créer un cours qui ne soit pas un amas de compétences déconnectées. Cela se faisait pendant les réunions formelles, mais aussi à la pause ou pendant le déjeuner ou le dîner. Nous avons appris non seulement à faire confiance à l'expertise de nos collègues, mais aussi à leur faire confiance en tant que personnes, point final. Cela peut-il se faire en ligne ?

Nous espérons sincèrement que l'année prochaine, le monde sera plus sécuritaire et plus sain et que nous n'aurons pas besoin de donner notre cours en ligne. Mais dans les deux cas, nous serons prêts et prêtes avec les moyens interactifs et innovants d'apprentissage que nous avons testés cette année, à savoir plus de temps pour l'échange, en incluant de la fiction dans notre enseignement, des exercices de réflexion et en se regroupant autour d'une expérience partagée.



[1] Si vous souhaitez en savoir plus sur notre style d'enseignement et nos activités, nous avons rassemblé une partie de notre matériel dans un manuel d'enseignement.